Instantanés musicaux, artistiques et décalés (par Bertrand Louchez)

indiectators:

C’est vendredi c’est jazzy : Ian et le Roi Pourpre.

Il n’a pas fait partie très longtemps de King Crimson, un peu plus d’un an, le temps d’enregistrer leur album le plus délicat en 1971, Islands, sur lequel il tient la batterie (ainsi que sur l’apocalyptique live Earthbound qui peut rester dans l’oubli).

Le fait qu’Islands soit l’album de King Crimson le plus influencé par le jazz (avec la présence de Keith Tippett et de quelques uns de ses musiciens) aura probablement donné l’idée à Ian Wallace, près de 30 ans après avoir quitté le groupe, de monter un trio jazz piano/basse/batterie consacré au répertoire du groupe de Robert Fripp.

Si ce genre d’exercice n’est pas toujours très inspiré, la musique du trio du batteur mérite largement l’écoute. Les morceaux, parfois proches des originaux (Starless, I Talk To The Wind), ou parfois complètement transformés (comme 21st Century Schizoid Man) sonnent dans certains cas, paradoxalement, de manière plus “classique” que les originaux. Le trio démontre néanmoins qu’il y a largement matière à improviser sur la musique de King Crimson (ce n’est certainement pas Médéric Collignon qui me contredira).

Le Crimson Jazz Trio aura ainsi sorti deux albums (le second peut-être moins réussi que le premier) avant que Ian Wallace ne meure des suites d’un cancer en 2005.

“Les jeux sont faits on pouvait le penser
La vie serait ce coin d’éternité
Mais rien n’est fait
Rien n’est fait pour durer
Ni les joies ni les peines ni la fatalité
Non rien n’est fait
Rien n’est fait pour durer
Ni la chance ni les regrets
Ni même l’éternité
L’éternité”

—   Kent
Bob Dylan, Liverpool, 1966  (Photo Barry Feinstein)
David Bowie | L’homme qui venait d’ailleurs (The man who fell to earth), Nicolas Roeg, 1976

“Le vrai football s’est arrêté le jour où le premier coiffeur a mis les pieds dans un vestiaire.”

—   Alfredo Di Stefano

It’s only rock and roll, always

On a beau dire tout ce que l’on veut sur l’air de “On ne peut pas être et avoir été”, mais un concert des Rolling Stones reste et demeure encore aujourd’hui, cinquante piges après la création du groupe par feu Brian Jones, Mick Jagger et Keith Richards, un événement.

Vingt ans après les avoir vus pour la première fois (en 1995, sous une pluie battante à l’hippodrome de Longchamp) vivants – en live comme ont dit en bon français – et un peu plus de dix ans après la dernière, j’ai donc eu le privilège d’assister à leur dernier concert le 13 juin 2014 au Stade de France. Voilà un beau cadeau et une magnifique surprise qui m’avaient été réservés par ma chère et tendre.

Voir les Stones aujourd’hui, c’est un peu comme lorsqu’on allait, petit, visiter ses grands-parents préférés, ceux qui vous gâtaient de mille gourmandises et avec lesquels on se régalait par avance de faire tout autant de bêtises. À chaque fois, avant que la porte ne s’ouvre, on se demandait comment on allait les trouver : seraient-ils toujours aussi en forme malgré le poids des années ? Et au moment de les quitter à regret, on ne pouvait s’empêcher de penser “n’était-ce pas la dernière fois que je les voyais ?

Que tout le monde se rassure : Mick et Keith, bientôt 71 ans, Charlie, 73 ans, et Ron, le jeunot de la bande avec ses 67 boutanches (parler de bougies à son sujet serait assez inadapté, voire insultant…), sont encore en très grande forme. Pas vraiment frais comme un Jack Daniel’s on the rocks, plutôt fripés comme des vieux jeans, mais encore plein d’une énergie communicative.

Et dans ce registre, Jagger, fidèle à sa réputation, débonnaire, piquant, aiguisé, affuté, bondissant, charismatique et sexy, excelle encore. Un artiste dans toutes ses dimensions. Une véritable machine de guerre qui, conformément à sa promesse de début de concert, a complètement “zlatanné” les 75 000 “filles” et “mecs” de 7 à 77 ans présents dans une ambiance chaleureuse et conviviale, quasi familiale.

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Que retenir sinon de ce show, date unique en France ?

D’abord, une setlist de 19 titres avec, en entrée, ‘Jumping Jack Flash’ et un invraisemblable enchaînement de ‘Gimme shelter’ (magnifié par l’explosive Lisa Fischer), ‘Start me up’, ‘Sympathy for the devil’, ‘Brown sugar’, ‘Can’t always get’ et ‘Satisfaction’ en guise de dessert, café et pousse-café.

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Pour moi, le plus grand moment, le seul d’ailleurs d’un semblant de complicité entre Jagger et Richards, fut ‘Out of control’, porté et transporté par la voix incroyablement intacte (et toujours dans la tonalité d’origine) et le souffle puissant de Sir Mick, étincelant dans son interprétation et dans son solo d’harmonica.

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La présence, sur ‘Midnight rambler’ et ‘Satisfaction’ de Mick Taylor (un “vieux” fan m’avait vendu la mèche avant le début du concert) constitua également l’une des (très) bonnes surprises du concert. À 65 ans, celui qui succéda en 1969 à Brian Jones est, certes, physiquement moins svelte que ses ex comparses, mais il est toujours aussi bon guitariste, infiniment meilleur (ce qui n’est, en soi, pas difficile, il faut bien en convenir) que Ron Wood et bien plus technique – à son grand dam – que Keith Richards. C’est d’ailleurs cela qui précipita son départ du groupe en 1974.

Enfin, sur un plan plus personnel, quel ne fut pas mon étonnement de découvrir, sur ‘Can’t always get’, les choristes de l’Ensemble Allegri, formation créée et dirigée par Jean-Marie Puissant, qui se trouve être… mon cousin. Dingue !

Au final, malgré plusieurs petits “pains” (Ron Wood encore lui…) et quelques enchaînements un peu mollassons et longuets, les Stones, comme pour démentir les culs-serrés et les pisse-froid qui adoooooorent déverser leur fiel sur ce qui est vulgairement mainstream, ont encore assuré. Pour eux, une chose est sûre : “rock and roll is not dead and will never die”.

Londres, 1950. A l’écoute des dernières sorties de disques dans des cabines insonorisées.

“Tous les problèmes qui se posent aux cinéastes ont été un jour ou l’autre abordés par les peintres.”

—   Peter Greenaway

The Smiths | ‘Please, please, please, let me get what I want’

Après avoir d’abord constitué – en compagnie de ‘How soon is now ? – la face B du tubesque ‘William, it was really nothing’, puis figuré sur les compilations ‘Hatful of hollow’ et ‘Louder than bombs’, ‘Please, please, please, let me get what I want’, enregistré en juillet 1984 et sorti un mois plus tard, n’est qu’une toute petite breloque parmi les riches et précieuses parures des géniaux orfèvres des Smiths. Une pièce tellement courte (moins de deux minutes) qu’elle aurait pu passer tout à fait inaperçue. Pourtant, sa mélodie imparable, signée Johnny Marr, et ses paroles si typiques du style du Moz, en font bien un véritable bijou qui reste, 30 ans après sa sortie, l’un des titres majeurs du répertoire des Smiths.

Good times for a change 
See, the luck I’ve had 
Can make a good man 
Turn bad

So please, please, please 
Let me, let me, let me 
Let me get what I want 
This time

Haven’t had a dream in a long time 
See, the life I’ve had
 
Can make a good man bad

So for once in my life 
Let me get what I want 
Lord knows it would be the first time

Racing in the street